Le pluralisme moral
Nous sommes confrontés à une pluralité de principes et de critères moraux. Nous évoluons dans des sociétés qui ne sont pas fondées sur une conception globale et unique de la morale, qu’elle soit religieuse, ou laïque, pluralité accentuée dans toute action impliquant des relations avec l’étranger ou avec des étrangers. Ce pluralisme pose aussi la question de la continuité entre nos critères d’action morale : appliquons nous les mêmes critères dans notre vie privée et dans la vie publique, nationalement et internationalement, en temps de paix et en temps de guerre ? Cette pluralité est aussi celle des postures morales : l’éthique du spectateur est-elle différente de celle de l’homme d’action ? Le pluralisme en matière morale est celui des conceptions mais aussi celui des personnes : le fait que nous n’agissons pas seul mais toujours avec d’autres agents moraux, qui peuvent avoir des conceptions morales différentes des nôtres, est une dimension que les philosophies morales (et nos conceptions ordinaires plus largement) intègrent difficilement. Difficulté supplémentaire, ce pluralisme ne s’évanouit pas par le passage au raisonnement rationnel car, à la diversité des conceptions morales, correspond aussi une pluralité des raisonnements moraux. Ce cours vise ainsi à montrer la formation des raisonnements et des paradigmes moraux, qu’ils le soient à partir de la « raison pure » ou par analogie historique. Il procèdera à partir d’exemples concrets, qu’il s’agisse de nos dilemmes moraux ordinaires, de l’action humanitaire, de la division du travail, de l’usage de la référence au nazisme, de la morale en temps de guerre ou de la place de la victime dans nos conceptions morales…
Introduction, que faut-il entendre par pluralisme moral ? Le pluralisme ne mène-t-il qu’au scep¬ticisme et au relativisme ou en révèle-t-il au contraire les limites ? Aperçu de la diversité des conceptions et philosophies morales.
faut-il agir selon des principes ou par la considération des conséquences ? l’opposition entre déontologie et conséquentialisme (utilitarisme)
universalité des principes et pluralité des postures en morale : l’éthique du spectateur, de l’acteur, du juge ou de la victime
la division du travail engendre-t-elle une perversion de la vie morale ? ou comment la pluralité des agents peut être la source plutôt que la dénaturation de la moralité de mon action
un génocidaire (potentiel) sommeille-t-il en tout manager zélé ? la critique d’un mythe ou com¬ment le cas d’Eichmann est entré dans les manuels d’éthique des affaires
peut-on parler de morale dans la guerre ? Continuité et rupture des critères entre temps de guerre et temps de paix.
Brèves indications bibliographiques
Luc Boltanski, La Souffrance à distance, Morale humanitaire, media et politique, Paris, Métaillé, 1994.
John Stuart Mill, L’utilitarisme, Paris, Flammarion, 2008 ; De la liberté, Paris, Gallimard (Folio, essais), 1990.
David Cesarani, Adolf Eichmann, Paris, Tallandier, 2010.
Didier Fassin et Richard Rechtman, L’empire du traumatisme, enquête sur la condition de victime, Paris, Flammarion, 2007.
Emmanuel Kant, Critique de la raison pratique, Fondements de la métaphysique des mœurs, De l’insuccès de toutes les tentatives philosophiques en matière de théodicées, in Œuvres philosophiques, Paris, Gallimard, trois tomes, 1980 et sq. (des éditions de poches peuvent aussi être utilisées).
Peter Singer, exprimée dans l’article « Famine, Affluence and Morality », Philosophy and Public Affairs, vol 1, n°1, 1972, p. 229-243, accessible à www.utilitarian.net
J.J.C. Smart et B. Williams, L'utilitarisme. Le pour et le contre, Genève, Labor et Fidès, 1997
Adam Smith, La Richesse des nations, T I, Paris, Flammarion, 1999 ; La théorie des sentiments moraux, Paris, PUF, 1999.
Max Weber, Le savant et le politique, Paris, La découverte, 2003.
Michael Walzer, Guerres justes et injustes, Paris, Belin, 1999 ; Morale maximale, morale minimale, Paris, Bayard, 2004
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NB : cours du groupe B
Dernière mise à jour : mardi 20 septembre 2011


